L’Afrique, paradis perdu des rallyes ?

Après la disparition du mythique Paris-Dakar de son territoire, que reste-t-il des courses automobiles en Afrique ? Focus sur les grands moments automobiles africains, sur la situation actuelle et sur les perspectives des courses en Afrique avec Philippe de Moerloose, un Belge passionné de ce continent et de voitures, à la tête de SDA, géant de la distribution de véhicules et de machines en Afrique subsaharienne.

philippedemoerloose

 

Quand on pense à l’Afrique et à la compétition, ce sont les images du Paris-Dakar qui reviennent à l’esprit. C’est sans doute le rallye africain qui aura le plus marqué les esprits, entre moments de bravoure, de pilotage et de fraternité, mais aussi drames et polémiques, et puis menaces terroristes qui l’amèneront finalement, en 2008, à quitter le sol qui l’avait vu naître pour poursuivre son histoire en Amérique latine, sous des cieux moins menaçants. Pourtant, le Paris-Dakar, dont la première édition s’est déroulée en 1979, n’est pas la plus ancienne compétition courue sur le continent africain.

 

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Cette grande aventure humaine a été rêvée et réalisée par Thierry Sabine.

Premières heures des rallyes-raids

En fait, la première course automobile africaine n’est pas un rallye. On retrouve, en effet, au début des années trente, en Afrique du Sud, un premier Grand Prix, disputé sur le circuit d’East London, dans la province du Cap. Il ne s’agissait pas encore de Formule 1 (puisque le Championnat du Monde de F1 ne débuta officiellement qu’en 1950). Ensuite, l’Afrique du Sud accueillit belle et bien le FormulaOne Circus, en 1962, 63 et 65 à East London, puis à Kyalami, près de Johannesburg, de 1967 à 1985 et en 1992 et 1993.

Pour ce qui est des rallyes, à la même époque (1953), se courut pour la première fois ce qui deviendra un mythe absolu des grands rallyes-raids : le Safari Rally. L’événement fit partie du calendrier du Championnat du Monde des Rallyes pendant de longues années et il était réputé comme étant le plus difficile du calendrier. Les conditions météorologiques difficiles, en constante évolution, et les routes très accidentées rendaient la vie impossible aux équipes, le tout dans des conditions de chaleur et d’humidité parfois intenses. Un manque de financement et d’organisation exclut le Safari Rally du Championnat du Monde des Rallyes en 2002.

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Au safari rallye, il n’était pas rare de voir un guépard devant un bolide !

 

Fin du mythe africain

Qu’est-il arrivé à la grande aventure humaine rêvée par Thierry Sabine ? Cette course qui devait relier les peuples africains et européens, faire découvrir les paysages époustouflants d’un continent magique fut, pendant près de trente ans, le théâtre d’aventures humaines extraordinaires et de morceaux de bravoure phénoménaux. Pas étonnant que bien des pilotes de renom tels que Henri Pescarolo, Bernard Darniche, Jean Ragnotti, Jochen Mass ou Jacky Ickx (qui l’emporta en 1983 avec, comme co-pilote, un certain Claude Brasseur) ou bien des stars comme Michel Sardou, Daniel Balavoine (qui y mourut, avec Thierry Sabine, dans un accident d’hélicoptère en 1986), Caroline et Albert de Monaco, ou Johnny Hallyday s’y soient illustrés (ou pas tellement). Course extrêmement éprouvante (lorsque l’harmattan, vent d’est du Sahara, se lève, les traces sont effacées sur la piste et les repères disparaissent), la Paris-Dakar marqua les hommes et les femmes qui y participèrent. C’est fini maintenant…

Terrain de jeu à l’abandon

Le Paris-Dakar étant exilé depuis peu en Amérique Latine, que reste-t-il de la course automobile en Afrique ? « On voit de moins en moins de ces grandes courses. L’instabilité politique et les questions sécuritaires qui y sont liées empêchent, voire nuisent au déploiement de ce genre de manifestation. Traverser l’Afrique d’un pays à l’autre, c’est très compliqué, notamment en raison des difficultés administratives pour passer les frontières », explique le Belge Philippe de Moerloose, né en République Démocratique du Congo.

En 2009, en réaction au départ du Dakar pour l’Amérique, d’anciens vainqueurs de la classique africaine lancèrent l’Africa Eco Race qui se voulut moins médiatisé et plus proche de l’esprit cher à Thierry Sabine. Les bivouacs sont choisis loin des villes et des tarmacs d’aéroport, les concurrents se retrouvent en plein désert, loin de tout, livrés à eux-mêmes. La prochaine édition de cette course quelque peu confidentielle aura lieu entre novembre 2017 et janvier 2018. « Il existe quelques courses nationales dans beaucoup de pays africains, mais cela reste au niveau amateur. Ce n’est pas suffisant pour attirer des sponsors ou des partenaires importants, ni attirer des pilotes connus », constate Philippe de Moerloose. Comment lui donner tort ? En effet, derrière eux, le Safari Rally et le Paris-Dakar n’ont laissé que des cendres. Il n’y a plus rien de comparable. Le Championnat d’Afrique des Rallyes et les Championnats nationaux pèchent par un manque cruel de communication. « C’est dommage, déplore Philippe de Moerloose, parce que le continent africain a besoin de développer son tourisme et ce genre d’événements peut y contribuer. L’Afrique offre un terrain de jeu magique pour ce types de rallyes. C’est varié et superbe. Les populations sont si accueillantes et chaleureuses. C’est un vrai gâchis ».

Adriana Karembeu était la marraine de la 9eme édition de l’Africa Eco Race 2017

 

Entre classic cars et Formule E

Et les classics cars alors ? Le Maroc Classic, le Maroc Historique, le Safari Classic ou le South Africa Rally Classic remportent (comme d’autres rallyes hors des sentiers battus autour du monde) de vifs succès mais c’est auprès d’un public plutôt confiné élitiste. Rien à voir avec les succès populaires des précédentes courses qui rassemblaient les foules.

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Dans ces conditions, y a-t-il un avenir pour une vraie et ambitieuse compétition automobile en Afrique ? « Un retour du Paris-Dakar, même à moyen terme, me semble difficilement envisageable. Il faudra un gros effort de la part des gouvernements pour convaincre à nouveau l’organisation de la course de revenir sur le sol africain. Si j’avais plus de temps à y consacrer, je serais pourtant l’un de ceux qui s’y attèleraient : j’aime tant cette course et l’Afrique en est son environnement naturel ! ». Difficile donc d’envisager à nouveau un rally-raid d’envergure en Afrique.

Et si l’avenir était à la compétition sur circuit et à l’électrique ? En 2018, Marrakesh sera la première ville africaine à recevoir une manche de la très novatrice Formule E : une spectaculaire compétition internationale de monoplaces 100% électriques dans laquelle se sont investis les plus grands constructeurs mondiaux et quelques-uns des meilleurs pilotes mondiaux (dont notre compatriote Jérome D’Ambrosio).
Bien sûr, les circuits urbains n’ont pas les charmes des déserts de l’Afrique… Incontestablement, une page s’est définitivement tournée…

Par Martin Boonen

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