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L’avenir de l’automobile électrique en 5 questions

Depuis 2011, le rêve d’une voiture électrique non polluante à l’utilisation devient peu à peu réalité. Pour l’instant, en dépit de la présentation de concept cars futuristes entièrement électriques, voire autonomes dans les salons, ce sont les voitures hybrides qui constituent l’essentiel de la production en série dans ce nouveau secteur. Tour d’horizon en 5 questions avec Joost Kaesemans, Directeur de la communication à la Fédération Belge de l’Automobile (FEBIAC) dans la perspective du Salon de l’Auto de Bruxelles en janvier 2018.

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L’Audi Aicon : un concept autonome grand luxe !

Joost Kaesemans et ses équipes se penchent depuis de nombreuses années déjà sur la voiture de l’avenir, la sécurité routière, la mobilité et l’environnement. Un petit tour d’horizon avec Joost Kaesemans sur le futur de la mobilité nous permettra d’aller visiter le Salon avec un regard acéré…

Qu’existe-t-il déjà dans le secteur des véhicules électriques (VE)?

Outre les moteurs à combustion fossile qui sont toujours en production, on trouve sur le marché des voitures « micro-hybrides », équipées d’un moteur à combustion conventionnel, mais qui exploitent la technologie du moteur électrique pour récupérer l’énergie du freinage, transformée ensuite en électricité pour alimenter l’équipement de bord. Un véhicule hybride, lui, associe un moteur électrique et un moteur à combustion. L’efficacité énergétique de l’un est complétée par le rayon d’action et la rapidité de réapprovisionnement de l’autre. L’hybride ‘plug-in’ est doté d’une importante capacité de stockage de l’électricité. La recharge se fait sur une prise murale ordinaire. Ces véhicules peuvent parcourir une cinquantaine de kilomètres en mode tout électrique, après quoi ils poursuivent leur route en tant que voitures hybrides peu énergivores. La voiture à pile à combustible, enfin, utilise elle aussi un moteur électrique. Cette pile à combustible produit l’électricité à partir de l’hydrogène pour propulser le véhicule.

« La Norvège promeut vigoureusement la voiture électrique grâce à divers incitants (parking et recharge gratuits, circulation sur les voies d’autobus, exemption de TVA) et à une infrastructure adaptée. » Cela dit, l’arrivée d’une large gamme de voitures et utilitaires légers électriques ne doit pas faire oublier les deux-roues électriques. Ces derniers occupent déjà une place de choix dans la mobilité d’aujourd’hui. Si les motos ne sont pas encore au point, les vélos électriques remportent un immense succès. Et contrairement à une idée reçue, ce n’est pas uniquement le 3e âge qui s’en empare.

MOTEUR ELECTRIQUE AMOVIBLE POUR VELO

 

A quoi peut-on s’attendre dans un futur proche ?

« La voiture électrique est amenée à remplacer tout au moins une bonne partie du parc automobile de demain. D’autre part, le développement de tout ce qui est informatisation et données informatiques connectées avec les marques, l’infrastructure routière et aussi les connexions entre voitures, conduira assurément à la réalisation de voitures autonomes pour améliorer les flux de circulation. Des feux de circulation flexibles en fonction de la circulation, c’est pour demain. Donc, aussi réduction de consommation, d’émissions nocives, de files et gain de temps. Le facteur freinant pour l’instant ne réside pas tant chez les constructeurs automobiles que chez les décideurs politiques. »

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BMWi-Vision Dynamics ou la berline zéro émission

 

Chez BMW, on estime que 15 à 25% de la production sera électrique d’ici 10 ans. Comme les réglementations européennes en matière d’émissions de C02 seront de plus en plus sévères à partir de 2020, les choses commencent à bouger vraiment. Si l’Audi Aicon, la Renault Symbioz, ou la Smart EQ vision, présentées au dernier salon de Francfort, traduisent une vision du futur sans véritable ambition de production en série immédiate, les Volkswagen ID Crozz, Mercedes EQA, Mini Electric Concept, Honda Urban EV Concept ou la BMW Vision i Dynamics font, elles, bel et bien partie des plans de production de VE (véhicules électriques) réels ou imminents de la part des marques concernées. Côté hybride, Honda propose le CR-V tandis que Toyota annonce l’arrivée d’une nouvelle technologie pour une voiture plus puissante avec le C-HR Hy-Power. Pour l’hybride rechargeable, Mercedes présente l’AMG Project One avec un moteur dérivé de la Formule 1 et la nouvelle S 560e, BMW s’enorgueillit à juste titre de son SUV X7 PHEV, tandis qu’Opel va lancer la version « plug-in hybrid » de l’Opel Granland X.

Pour les moteurs à hydrogène, les perspectives semblent plus limitées. La Mercedes GLC F-Cell a en effet été la seule nouveauté notable sur ce plan à Francfort avec un lancement qui s’annonce d’ailleurs timide.

La production et la consommation d’électricité automobile sont-elles écologiques ?

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Volkswagen ID Crozz

 

« Dans la volonté d’évoluer vers des voitures électriques, il n’est pas question que de raison. Il y a aussi des aspects émotionnels, irrationnels. Mais on ne peut pas juger du bien-fondé d’une voiture électrique avec les critères valables aujourd’hui sans projeter les développements possibles d’ici 30 ans, par exemple. Pour les moteurs à combustion aussi, nous sommes parvenus à éliminer les particules fines. Il reste à se débarrasser des acides d’azote et à résoudre la question du CO2.

Ceci dit, en Belgique 90% des conducteurs font moins de 60 km par jour, 9 jours sur 10. Est-ce que cela a donc du sens d’équiper une voiture électrique d’un pack de batteries qui permettent de parcourir de 300 à 500 km ? C’est extrêmement lourd, cher et encombrant. Le plug-in hybride permet, lui, une autonomie de conduite électrique jusqu’à 40 ou 50 km aujourd’hui. Demain, avec des batteries plus performantes qui ne coûteront pas forcément plus cher, on va pouvoir évoluer vers 80 à 100 km. Pourquoi ne pas se contenter de ce type de voiture au quotidien et recourir au moteur thermique – qui va encore évoluer, lui aussi -, le jour où on veut faire un gros déplacement ? On peut ainsi laisser différentes pistes ouvertes. Car on doit se poser la question de savoir si tout cela a du sens. Il est grand temps qu’on commence à parler avec les fournisseurs d’électricité. Si on passe au tout électrique très vite, comment les centrales vont-elles pouvoir desservir tous les consommateurs qui rentrent du travail à 18h et qui rechargent aussitôt leur voiture ? Les choses changent dans le bon sens à ce propos. Mais le politique doit s’impliquer davantage. L’Allemagne qui est un gros constructeur automobile ne va certainement pas abandonner les moteurs à combustion fossile du jour au lendemain pour des raisons économiques. Mais ce pays et ses constructeurs devront se plier aux réglementations comme les autres, et s’ils ne le font pas, on a vu que le boomerang peut leur revenir rapidement en pleine figure… ».

Une voiture connectée et/ou autonome : pourquoi et pour qui ?

Une marque comme BMW met tout en œuvre pour que ses véhicules offrent un maximum de services via des Applis et l’Internet : assistant de conduite, météo, tarifs d’assurances, entretiens prioritaires, agenda, insertion automatique de la destination dans le GPS, etc.

« Demain, une voiture connectée permettra de se passer éventuellement de l’achat d’un véhicule personnel. On appellera une voiture en fonction de ses besoins. Ce sera encore plus pratique que Cambio, Drivenow ou Zipcar. Et si on récolte les intentions d’usage des véhicules, on pourra même prédire les conditions de circulation à une date ou une heure donnée. Mais on ne voit pas encore clairement jusqu’où les constructeurs automobiles veulent aller pour partager leurs données, qui sont déjà récoltées à grande échelle par les marques aujourd’hui, ce qui vaut de l’argent pour les assureurs, les garages d’entretien, les compagnies de leasing. La pratique permet même de trouver plus facilement des places de parking… Certains commencent d’ailleurs à partager leurs données sur ce dernier point. Si Tesla peut mettre des updates de ses logiciels à disposition à distance, c’est que la marque est en mesure de suivre ses voitures à la trace avec une connexion directe et permanente. D’autres développements ont eu lieu récemment. En Wallonie, le centre Perex, IBM et le groupe PSA (Peugeot-Citroën) sont par exemple en train de coordonner des données de consommation, de vitesse, de pollution pour analyser les points noirs dans l’infrastructure afin de la rendre plus optimale. »

E- car Tesla

 

Quelles infrastructures sont nécessaires aux VE ?

Si notre pays veut voir les voitures électriques se multiplier sur ses routes, il doit adapter son infrastructure. Le réseau électrique belge doit pouvoir supporter le supplément de consommation qui en résultera. Nous avons besoin de lignes d’une capacité suffisante, avec une production à la hauteur des besoins. Par ailleurs, nombre de particuliers ne disposent pas d’un garage où recharger leur voiture. La mise en place d’un réseau de points de recharge suffisamment développé revêt donc une importance primordiale.

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L’étendue des modifications à apporter dans la production et la distribution de l’électricité ne peut donc pas être sous-estimée et il est peu probable qu’en Belgique, on adopte à court terme ce nouveau mode de propulsion automobile à grande échelle. Entretemps, le développement et l’amélioration de voitures fonctionnant au gaz naturel, aux biocarburants et aux moteurs à combustion toujours plus propres nous mènera déjà vers des jours meilleurs. « Des jours meilleurs qui seront aussi assurés par une sécurité grandissante : peut-être que le plus grand progrès à enregistrer pour les prochaines années correspondra aux promesses de Volvo de 0 mort et 0 blessé : un défi que la marque se lance d’ici 2020. »

Par Serge Vanmaercke